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Narration: Minuit 5

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Ahhh ce vent… ça faisait longtemps. C’est un spectacle à lui tout seul. Des bourrasques violentes et puissantes qui remuent le jardin. Les feuilles tombent sec. Les  arbres valsent avec le courant, menacent de s’arracher d’une seconde à l’autre. Les débris s’élèvent en grand tourbillons s’abattent sur la véranda, produisant des claquements plusieurs fois réitérer comme des caniches contre un rocher.

 

Et les chaises en bois ou en plastique se  frôlent, glissent et flottent dans tous les sens puis se mêlent à la cérémonie. Idée reçue stéréotype d’une séance de spiritisme. Les seaux en acier croassent et gesticulent avec force dans tous les sens. Tout à coup grincent des éclaircis au loin illuminant tel un stroboscope la scène. C’est la fête.

 

Puis Yves le vent s’abat de plus en plus fort. Les chats aboient dans le quartier. C’est l’affolement pour ceux qui subissent, le monde à l’envers. Il est deux heures à l’ abri dans l’immense villa vide. L’écho des portes et fenêtres de bois qui vibrent  semblent céder d’une minute à l’autre, vibrent et claquent comme si Swagman possédé tentait de les ouvrir.

 

Yves veut entrer ! C’est ainsi que je l’ai baptisé. Oui, Yves veut entrer à tout prix et s’engouffre dans les cavités extérieur des orifices du foyer, produisant un grandement extraordinaire. On croirait une bête s’accouplant avec un instrument à vent. Comme stimulé par l’atmosphère catastrophique, les chiens sur deux pattes se bataillent en miaulant et les oiseaux râlent: Halléluia !

 

Là pendant un instant, on penserait que Yves c’est apaisé. Instant d’hésitation : « Yves » ce n’est pas assez scientifique pour nommer un vent. Mais non ! Il REVIENT ! Il revient en toute puissance creuser les tréfonds de la terre ! Rode autour de la villa repoussant ces moindre angles et ces moindres courbes, au point de raclée la peinture, lui faisant chuté d’énormes croûtes d’adolescente.

 

Les taules de la cabane au fond du jardin finissent par s’envolé avec un mouvement rotatif et se plantent net au sol. Semblant de Shuriken, provoquant par leurs entrechoquements une musique assourdissante. Et au diable la science, Yves c’est très bien et c’est breton ! C’est comme la mer.

 

Yves suit sa course, entraîne les sachets plastiques dans les allés, participe au ménage et à la symphonie du spectacle. Crac ! Là, un arbre à céder ! C’est l’apocalypse les sachets Eco+ s’éventre sur les branches nues et le chaos se poursuit. De puissantes vagues cognent les murs, tout est sous pression et ça mousse. Encore un autre qui craque à l’impact d’une bourrasque ! On dirait la manif du CPE !

 

Encore un ! Ce n’est pas possible !Il va me niquer tout le jardin. Mais j’aime le bruit du bois qui succombe à cette force, ces craquements langoureux et irréguliers des veines. Quelle puissance ! Quel dance ! On aimerait le rejoindre ! On aimerait sortir s’y jeter à corps perdu, se faire transpercer par une rafale et être emmener ou bon semble à Yves. Dommage que je ne suis pas léger, je n’aurais pas dû manger ce couscous ce soir.

 

Après quelques heures on entend des coqs faire les coqs et le vent semble s’être calmé. Derrière la fenêtre, lumière éteinte, j’eux l’impression de voir un porno wagnérien. Yves chevauchant les Walkyries au Vietnam.

 

Et puis, comme à la fin de toutes musiques on se met à songer, à digérer.  Je repensais à une nuit d’excursion dans les hauteurs de la Schwarzwald. Une cousine germaine d’Yves nous avait rendu visite. On en a plus chié que ces chiens errants, ces hommes en devenir.

 

Je repense aussi à ces caniches derrière leurs écrans et pancartes souhaitant sauver la nature… Comme si elle avait besoin de nous. Si elle le voulait, elle nous balaye en un claquement de plaques lithosphériques. Un jour à sa merci, Gaïa ne fera pas de différence entre un homme et un grain de sable. Comme ces débris nos corps viendront souiller la véranda de leurs sangs. Certes, il vaut mieux s’en faire une amie. Mais faire connaissance avec ce genre de dame n’est pas affaire de Nutella et d’amérindiens. Sauvez-vous plutôt et fermez là !

 

 

L. KlÍma, Sfax, Hiver 2015.

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