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Narration : Nuit 4

Nuits précédentes.
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Aujourd’hui on a quitté la Capitale pour nous rendre à Sfax. C’est la grande ville usine du pays et le lieu de naissance de Melha, la compagne de Jahil. Jahil n’était pas chaud d’y aller et ça se comprends. Mais Melha  doit y mené des affaires.

 

Et sur la route entre Tunis et Sfax, on pouvait voir des habitations à l’aspect vieillot. Des champs d’oliviers, de la verdure, des montagnes géantes, presque en vie. On dirait des titans géants qui sommeillent. Une vision genre Seigneur des Anneaux. C’est vraiment dingue, c’est là que j’avais l’impression d’avoir changé de pays. Avant j’avais l’impression d’être sur une ville de la Côte d’Azur, étriqué, qui sent le mazout, Nice, Marseille, Ventimigllia, Genova et peut être plus loin Rome. Là sur une autoroute on se croirait en plein décor de l’Odyssée d’Homer par Franco Rossi et puis à chaque péage on retombe dans la monotonie. Heureusement qu’il y a ces vendeur de pain traditionnelle qui rattrapent le coche. Ils habitent le long de l’autoroute et se font un peu de thune avec les passages et les petites faims des gens qui transitent. Je leurs en achète toujours, et non par pitié ou par compassion, mais parce que c’est bon. C’est peut-être ce croustillant donné par les résidus de sable ou cette sueur salée tant il a été manipulé comme des billets. Puis au détour d’une sortie, un point méchouis, bien visible avec ces strips rouge et blanc et les bestiaux qui gambadent en face. Des moutons, des chèvres, des veaux : à toi de choisir. Le vieux berbère l’exécute en face de toi, là aussi tu as le choix  de voir ou pas. Mais il le fait à sa manière avec son couteau gravé. Il emmène le bestiau à l’arrière du resto, le caresse délicatement, dans le silence, il s’approche de son oreille et lui chuchote quelques vers sacrés. Ça y ‘est le bestiau est calme, il tend sa gorge, il est prêt à servir, « Valar dohaerys ». Même le bestiau sait apprécier une bonne poésie, « c’est pas le cas de tout de les humains » me disais-je. Une incision rapide et efficace sous son doux cou et le sang coule à flot. Ce sera pas du boudin, c’est Gaïa qui va le boire. Il est encore par terre, les yeux ouverts, il reste calme, le regard fixe vers la Mecque des moutons. Toi mon gars je mangerais ta chair, je suis végétariens mais ton sacrifice ne sera pas vain, je me souviendrais bien de toi, de ton gout de mort. Tu m’as fait penser à un seppuku .Le vioc reste à le regarder se vider sans un mot, il ne détourne pas les yeux. Je me demande combien t’en as égorgé, et c’est ce que je t’ai demandé. Tu m’as répondu : « seul dieu sait ».

A table j’eux une pensée pour ce mouton que j’ai baptisée Achille, je vais bouffer ton corps Achille. Une vie courte et un destin héroïque… Non je plaisante une vie simple mon petit Achille.

 

Vers la fin de la faim, j’ai humé une odeur qui m’était familière, des brindilles de hachich chauffé au rouge. L’âme qui se fraie un chemin entre les odeurs de bêtes, de grillade et de bois brûlé. Ici ? J’hallucine. C’est l’occasion de faire une balade digestive. Et suivant l’odeur, à ma surprise, se trouvait sous un olivier un berger, Morneg à la main et pipe bourré de Bheu : une vision idyllique. Je m’approche, sans gêne, lui sollicite son calumet, le pied lorsqu'on a fait bombance. Ceux qui connaissent le savent. Il était défoncé en pleine après-midi, son troupeau gardé par son chien. « Ah toi mon vieux t’attends pas le soir ». A mon arabe handicapé il comprit que je n’étais pas d’ici. Sur la France, je lui ai raconté le quotidien des petites gens, qu’il a plaint plus qu’autre chose. Il me demanda s’il était vrai qu’en occident ils insultent Dieu. « Non » lui répondis-je. « En Europe, Dieu est mort et ces fidèles avec lui, quoi qu’il en reste un peut en Italie ». Il a ri ! « Alors pour toi aussi il est mort ? » répliqua-t-il. Et naïvement je lui réponds « Moi, ma religion est l’amour ». Ce qui suivit me marqua l’esprit. Il ria à s’en taper le cul par terre, se reprit et s’exclama sur un ton réprobateur. « L’amour tu n’y connais rien. L’amour c’est comme boire ce rouge et fumer cette herbe sans modération, sans arrêt. Ça fait tourner la tête, c’est à vomir ces tripes, le corps qui flanche, ça te fait tomber dans les limbes, plus rien ne compte, tout est beau, tout est le bienvenu. Toi tu ne connais pas l’amour, c’est trop fort pour toi ».

 

 Soûlard, bédouin d’autoroute, t’est un Artiste mon gars, je me rappelle de ces mots comme si tu me les disais à l’instant. On aurais dit un passage de Persépolis, ou d'un autre film, je sais plus, je verrais. Et à cet instant le rouge et le vert se mélangent, deviennent un amas noirâtre, tes limbes que tu évoques. Dommage que t’est éphémère, je te reverrais plus. Les gens comme toi sont des apparitions, comme l’Athéna de l’Odyssée. Jnoun qui prend la forme d’un homme au détour d’un chemin. Mais disparaît…Je m’en fiche que la lune disparaisse quand je ne la vois plus, je suis pas Einstein et je veux pas le devenir. Que veux-tu que je réponde à tes mots. Rien. Je me suis tût. Il était temps de reprendre la route avant que la nuit d’hiver se dévoile. Je lui ai dit salut, il m’a dit Salam. Et avant de m’éloigner il me donna quelques graines que j’ai reconnues immédiatement. De la verte. Excellente rencontre, voilà tout.

 

Sfax, 2015.

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Commentaires : 1
  • #1

    zobacz anons (vendredi, 08 septembre 2017 18:57)

    nieobdzwonienie