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Narration : Nuit 3

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Shams, aurait pu me réveiller, si un bonhomme ne le devançait pas chaque jour, me conseillant sur un ton solennel : «  Allez à la prière ! La prière est mieux que le sommeil ! La prière est mieux que le sommeil ! ». En bon pratiquant,  je n’ai pas manqué de faire mon café et de  cramer ma clope, en profitant de la fraîcheur de la matinée. Le réveil sur la véranda a été fastidieux et glisser mon corps jusqu’à la cafetière à bientôt fini par réveiller toute la compagnie. « Mais que branle-tu donc ?!! » me questionna agressivement mon frère. Je lui expliquais alors, que j’ai un rituel quotidiens à respecter et ce malgré l’ivresse de la veille. Son regard fixe se posa aussitôt sur mon café, qu’il consomma avec ma cigarette, dégageant une odeur miellée, cireuse, sèche, chaude, aromatique, qui évoqua l'odeur du tabac à pipe. Je compris par ce silence embaumant que la discussion est close. Assez vite, le vieux Jahil fit irruption dans la cuisine avec un air « Happy Days » ,qui ne nous mit pas en joie. Il a ces raisons d’être heureux. En effet, Jahil attendait son voyage au pays depuis quelques mois. C’est l’occasion pour lui de s’exhiber avec ça grosse bagnole, qui agit comme un talisman de charme, dans les quartiers pauvres de Tunis. Il a fait partie des esclaves volontaires, arrivé en France dans les années 70 qui gagnaient quatre francs par heure, en se cassant le dos dans d’immenses chantiers. D'ailleurs, il raconte fièrement la fois où il avait réussi a  négocier l’heure à cinq francs cinquante… vraiment génial. Son envie de montrer sa classe aux pauvres de son pays, était telle qu’il nous proposa de suite de sortir faire une activité. « A part la mosquée, je ne connais pas grand-chose d’ouvert à cinq heure du matin » répliquais-je. Quand soudain, mon frère eux l’excellente idée d’aller à la rencontre des pécheurs sur la plage, pour nous remplir l’estomac d’une grillade de mets marins, fraîchement cueillis. « Allah ! » Criât Jahil, « en voilà une divine idée ! » ajouta t’il. Sans trop tarder, ça femme se réveilla, nous nous apprêtâmes et nous partîmes vers un village du Cap Bon. Durant la route, il ne cessait de vanter le mérite d’avoir cette voiture. Il raconta comment il devint la propriété d’un chef de garage Alsacien, qui le fit dormir dans sa cave et pour qui il eux une admirable dévotion. Il poursuivit  en détaillant son premiers mariage, avec une blondasse de son village d’accueil, et des 20 années successives ou il occupera le même poste à la chaîne de production de Peugeot, pour nourrir ces oilles et ce, jusqu'à sa retraite.

 

En route, mon frère nous interpella, et attira notre attention sur des bassins de pisciculture. Ayant du temps d’avance, nous nous arrêtâmes pour observer l’élevage.  Je fis remarquer que les poissons sont nombreux et que certains semblaient être complètement défigurés et meurtri. Les distributeurs de nourriture, en concentraient dans leurs zones un nombre extraordinaire. Ils tournaient telle des mouches, attendant l’instant fatidique pour saisir leurs miettes, comme autrefois devant le bureau d'emplois, aux jours des ASSEDIC. On pouvait en voir s’élancer avec grand recul, pour attraper la nourriture avant même qu’elle ne pénètre l’eau. Cela était surement les plus futés. Ceux qui ne pouvaient se procurer de la nourriture de cette façon, s’attaquaient à leurs semblables pour leurs arracher un bout chaire. C’est ce qui justifiait les meurtrissures de certains, d’après mon frangin. « Ils ne seront pas proposer a la vente, ils seront réduit en morceau et donner à la prochaine génération » argua il a nouveau.

« Oué c'est pas différent des humains d’élevage quoi?» répliquais je. Mais la comparaison lui passa sous le nez et ne me répondit pas. Nous nous sommes délecté de ce spectacle dégueulasse et nous reprîmes la route.

 

Jahil repris aussitôt ces histoires assommantes, récit qui se situe entre « Dallas » et « Plus belle la vie » en terme de qualité soporifique. Il est persuadé que sa façon de vivre et son vécu sont les meilleurs qu’un homme puisse espérer, et il était déterminé à nous le prouver. Pourtant les gens satisfaits sont souvent silencieux et en paix. Lui non. Comme toutes les personnes peu éclairées, il combla ce vide en cherchant à briller, non pas par la flamme de l’intelligence ou la lumière de l’esprit, mais par une grosse voiture. Chevalier des temps moderne sur son dada, pommeau de vitesse faisant office d’épée et volant à la main gauche en guise de bouclier. Quand il est en France, Jahil garde soigneusement son dada dans l’écurie. Il ne le sort qu’à de rares occasions, comme pour l’emmener chez « Le meilleur mécanicien qui soit ! » . Celui-ci la réparera, la lavera ou la luxera, selon le porte-monnaie de son bon pigeon. Car en effet ça bagnole est bien banale en Europe et ça ne lui rapporte aucune fierté quand il se montre à son volant. En plus d’être un poisson, c’est aussi un pigeon, une vache à lait, une chimère. Je me remémore quand il prit tout juste sa retraite et qu’il toucha ces revenus. Je le connaissais en pleine forme, corps fort et puissant mais malheureusement, tête vide et poussiéreuse. Une semaine après avoir acheté son médiocre bolide, son médecin en pris connaissance et l’invita à une révision générale de ça mécanique organique cette fois. « C’est un bon médecin, le meilleur qui soit ! » s’exclamait-il. Quelques jours après, il lui diagnostique une maladie grave, il subira une intervention dans la quel on lui introduira trois ressorts dans l’aorte. Il doit se gaver de médicaments chèrement payé par la sécu et faire le bonheur de l’industrie pharmaceutique. Suivie de visites régulières chez son médecin, qui se fera un plaisir de le traire. Comprenez ce que j'insinue. Et ce dernier n’est pas le seul, ces enfants également réclament leur lait. Enfant infâme éduqué à téter l’argent à toutes les mamelles généreuses. Éduqué par une société qui se veut dynamique au mépris de l’humain. Cela lui apprendra de ne pas les avoir éduqué par lui-même. Et n’omettons pas sa compagne qui use de ces dernières forces, son dernier souffle et ces derniers sous.

 

Voyez-vous, je suis triste d’avoir sous mes yeux cet élevage d’humain qui pousse à s’entre-dévorer et pour cela que j’y préfère la solitude. Les minces filets qui cloisonnent le bassin n’empêchent pourtant pas de voir au-delà, mais il semble que la bassesse de l’homme le tiens focalisé à ce distributeur de nourriture, qui est en tout points analogue avec la machine sociétale infernale. Quant à moi, je ne prétends pas être plus haut que le commun des hommes, mais j’ai préféré traverser les filets et quitter l’élevage, à la recherche de mes racines sauvages. Certes, Animal mais ailée et sauvage. 

 

Jack London

 

07/10/2015 Tunis, Tunisie

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